Stress et climat de travail chez les enseignants

 

Par

 

Luc Brunet Ph.D

Professeur titulaire

 

Le stress est une manifestation du corps humain à telle ou telle pression exercée sur lui, que cette pression soit réelle ou imaginaire. Lorsque l’organisme ne peut plus supporter le combat. l’individu risque de développer des troubles psychiques et/ou physiques et, par conséquent, de sombrer dans l’épuisement professionnel (« burn-out »). La profession enseignante est considérée comme étant un emploi à haut risque de stress et d’épuisement professionnel. En effet, les emplois comportant un niveau important d’interactions sociales telles que l’enseignement, les services de santé et les services sociaux comportent un très haut niveau de stress. Moins un individu a d’emprise sur son environnement, plus celui-ci est source de tension. En effet, les effets du stress sont inversement proportionnel aux sentiments de compétence et d’efficacité perçus par un individu. Lorsque l’atteinte de la compétence sociale est entravée par des barrières telles que le manque de ressources (physiques et/ou humaines), le manque de temps et la sévérité des problèmes rencontrés chez les élèves, un stress élevé s’en suit. Quand un enseignant se sent constamment inefficace, qu’il a le sentiment de tout échouer et de n’avoir aucun pouvoir, il en arrive à manquer d’initiative et à subir du stress. Quoi de plus frustrant que d’investir professionnellement et émotivement dans la réussite d’un élève et de n’aboutir à aucun succès. Quand le stress conduit à un état d’épuisement professionnel l’enseignant finit par développer le complexe du missionnaire dans l’univers infini, où l’individu se sent tout petit face à une tâche immense et écrasante à conquérir. Il faut noter que le milieu de travail n’est pas l’unique responsable du stress mais si on tient compte qu’un individu peut passer plus de 60% de son temps à des activités de travail, il faut se rendre à évidence que l’environnement de travail joue un rôle important dans la nosologie du stress.

 

Avant de préciser le rôle du climat de travail dans le phénomène du stress chez l’enseignant il est important d’identifier comment celui-ci se manifeste. On retrouve en général quatre manifestations majeures du stress qui peuvent affecter un enseignant. Ce sont les symptômes suivants:

a) psychosomatiques: l’enseignant qui commence à souffrir d’un excès de stress est susceptibles de ressentir certains malaises physiques. Les plus fréquents sont les suivants: maux de tête, rhumes insurmontables, perte de poids, dysfonctions gastro-intestinales, fatigue chronique, hypertension artérielle, susceptibilité aux infections virales et douleurs lombaires;

b) sociaux: l’enseignant victime d’un stress intense entre souvent en conflit avec son environnement social et familial, sa mauvaise humeur le rend irritable avec ses amis, sa famille et ses collègues de travail. Il devient ainsi fréquemment insatisfait de ses relations amicales, maritales et professionnelles;

c) psychologiques: le stress va souvent se représenter sous un état chronique d’anxiété et d’angoisse se caractérisant par des sentiments de culpabilité et de dépassement chez une personne. L’enseignant devient pessimiste et vit des sentiments d’infériorité et d’inutilité. Il perd, par le fait même, confiance en lui-même ce qui entraîne généralement une diminution de son estime personnelle. On retrouve aussi les symptômes suivants: ennui, désenchantement, découragement, dépression, repli sur soi-même, sentiment de solitude, rigidité, paranoïa, phobies de toutes sortes, perte d’intérêt, résistance au changement, appréhensions, etc.;

d) occupationnels: l’enseignant qui souffre de stress intense devient rapidement apathique au travail et subit une baisse de rendement plus ou moins drastique. On observe souvent les symptômes suivants: baisse du niveau de tolérance à la frustration en classe, augmentation des attitudes autoritaires et punitives face aux élèves et réactions agressives envers les facteurs qui peuvent venir modifier un travail rendu routinier.

 

 

Il faut souligner que les manifestations de stress se développent quand même lentement, lorsqu’elles semblent s’installer de façon chronique on peut postuler que l’enseignement risque de souffrir du syndrome de l’épuisement professionnel (« burn-out »). Les études que nous avons menées démontrent que les effets dévastateurs du stress semblent se produire davantage chez les enseignants âgés de 30 à 40 ans que chez ceux qui sont plus âges ou plus jeunes. Les enseignants ayant plus de 10 ans d’expérience rapporteraient également un niveau plus élevé de stress que ceux qui ont très peu d’années d’expérience.

 

Le stress que vit un enseignant est aussi fortement lié à l’interprétation qu’il donne à son environnement de travail ou plus spécifiquement à son climat de travail. C’est la façon dont la réalité est perçue qui compte et cette perception peut induire du stress. Le climat de travail peut ainsi être défini comme étant la perception entretenue par les enseignants d’une école concernant la façon dont ils sont traités. Lorsqu’un enseignant, en plus des exigences de sa profession, vit dans un climat qu’il perçoit comme restrictif, contraignant et méfiant ou encore trop contrôlé et où sa participation n’est pas jugée essentielle et reconnue, il aura tendance à développer des syndromes d’inefficacité et par le fait même à vivre du stress. Les gestionnaires scolaires doivent s’efforcer de créer des conditions organisationnelles humaines afin de réduire les effets du stress chez leurs enseignants. Plusieurs sources de tension importantes peuvent se retrouver à l’intérieur du climat organisationnel et il est important d’apprendre à les contrôler, ce sont: les relations interpersonnelles avec les supérieurs, les collègues de travail, le peu de support, les restrictions budgétaires, un leadership autocratique, etc. Ainsi, il va de soi qu’un climat de travail ouvert, caractérisé par un grand sentiment de confiance permet de réduire considérablement les sources de tension ou encore de récupérer plus aisément.

 

En conclusion, l’enseignement constitue et constituera toujours une profession stressante à cause de son haut niveau d’interactions sociales et comme l’enseignant n’a pas toujours la possibilité d’oeuvrer dans un climat de travail agréable il doit réellement prendre en main la gestion de son stress. Il existe plusieurs mécanismes de prévention du stress, celui peut être utilisé le plus efficacement est la gestion de soi, si souvent délaissée et qui constitue pourtant le processus lequel les enseignants ont le plus de pouvoir. Ainsi, une prévention et un traitement efficace du stress doivent porter sur quatre aspects importants de la gestion de soi qui sont: le développement d’une philosophie de vie positive, faire le point sur son environnement de travail, la mise en forme psychologique, la mise en forme physique et une saine gestion du temps. En utilisant une telle approche l’enseignant pourra s’assurer d’avoir un plus grand contrôle sur ses facteurs de stress.